{"id":2659,"date":"2018-02-26T13:27:56","date_gmt":"2018-02-26T18:27:56","guid":{"rendered":"http:\/\/diescoin.net\/?p=2659"},"modified":"2018-02-26T13:27:56","modified_gmt":"2018-02-26T18:27:56","slug":"la-litterature-antillaise-mirage-ou-miracle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/diescoin.net\/?p=2659","title":{"rendered":"La litt\u00e9rature antillaise, mirage ou miracle ?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\"><em>(Conf\u00e9rence prononc\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion de la Foire internationale du Livre, \u00e0 Santo Domingo, 6 mai 2000)\u00a0<\/em><em>Par Jean-Claude Bajeux<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Quand on veut identifier des \u00e9l\u00e9ments ou des structures qui se retrouveraient dans la production litt\u00e9raire de la m\u00e9diterran\u00e9e cara\u00efbe, les difficult\u00e9s ne manquent pas, ne serait-ce qu\u2019au niveau du vocabulaire. On en arrive \u00e0 se demander si la revendication d\u2019unit\u00e9 ne serait pas un apriori de l\u2019analyste, un effort d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 pour \u00e9chapper \u00e0 la diff\u00e9rence et se raccrocher \u00e0 la similitude, nier l\u2019atomisation dans la d\u00e9couverte de r\u00e9seaux mol\u00e9culaires, respirer le vent du large, venant de la haute mer, cesser d\u2019\u00eatre asphyxi\u00e9 dans le monde petit et minuscule de la cellule insulaire, d\u00e9couvrir des complices pour \u00e9chapper enfin \u00e0 une individualit\u00e9 \u00e9troite. Serions-nous donc les jouets d\u2019une path\u00e9tique illusion, autres victimes d\u2019un soleil implacable responsable de mirages d\u2019oasis partant en fum\u00e9e d\u00e8s que nous essayons d\u2019approcher ?<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00c0 l\u2019ambition de synth\u00e8se des critiques, au d\u00e9sir d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la petitesse des choses, \u00e0 la solitude des \u00eeles, s\u2019oppose le vocabulaire bariol\u00e9 des sept langues qui ont finalement remplac\u00e9 le mutisme d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 des bossales. Chaque langue d\u00e9tient son vocabulaire et les m\u00eames mots n\u2019ont pas toujours le m\u00eame sens. Tel le mot \u00ab Antilles \u00bb ou \u00ab Antillais \u00bb qui tend \u00e0 d\u00e9signer, en fran\u00e7ais, uniquement les \u00eeles rattach\u00e9es \u00e0 la France et qui n\u2019existe pas en anglais. On se rabat alors sur le mot cara\u00efbe et le doute subsiste concernant l\u2019application de ce vocable \u00a0aux\u00a0 pays \u00a0riverains. En botanique, on se retrouve en pleine tour de Babel et s\u2019il s\u2019agit du vocabulaire li\u00e9 au ph\u00e9nom\u00e8ne racial, c\u2019est avec une pr\u00e9caution infinie qu\u2019il faut s\u2019avancer.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00c0 la barri\u00e8re des langues s\u2019ajoutent les al\u00e9as de l\u2019histoire, avec les fronti\u00e8res impos\u00e9es, les difficult\u00e9s des communications d\u2019\u00eeles \u00e0 \u00eeles appartenant \u00e0 des syst\u00e8mes commerciaux diff\u00e9rents, avec pour cons\u00e9quence la quasi-impossibilit\u00e9 de diffuser la production litt\u00e9raire ou scolaire. L\u2019atomisation des \u00eeles cara\u00efbes est \u00e0 la fois g\u00e9ographique, historique, \u00e9conomique, imp\u00e9riale, culturelle, linguistique, mat\u00e9rielle, mentale, culinaire, mon\u00e9taire, administrative, ludique, politique. Il faut avoir pris les petits avions des lignes locales d\u2019aviation pour savoir ce que cela veut dire en termes d\u2019horaires, de d\u00e9lais, de barri\u00e8res, et de longue patience, auxquels s\u2019ajoutent les al\u00e9as de la poste, des douanes, des t\u00e9l\u00e9phones. Pour tout couronner, chaque \u00eele ou demi-\u00eele produit un rhum diff\u00e9rent et le boit suivant un rite et des m\u00e9langes diff\u00e9rents. Chaque \u00eele a son calendrier, ses f\u00eates, ses h\u00e9ros et ses saints, ses hymnes, ses danses et ses musiques, son syst\u00e8me politique\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Il n\u2019est donc pas \u00e9tonnant que seuls des privil\u00e9gi\u00e9s puissent s\u2019y retrouver, transcender cette poussi\u00e8re cacophonique et, du haut de leur chair, b\u00e2tir une vision synth\u00e9tique, reconstruire, au-del\u00e0 de la diff\u00e9rence, les courants, les r\u00e9seaux, les dessins, les comportements, les mythes qui seraient communs \u00e0 ce monde bigarr\u00e9. Il faut pour montrer du doigt l\u2019Antille une et indivisible, \u00eatre un critique litt\u00e9raire post\u00e9 dans les grandes universit\u00e9s, Laval, Gainesville, Princeton, Bordeaux, un \u00e9conomiste attach\u00e9 ou d\u00e9tach\u00e9 des grandes institutions bancaires, un sociologue stakhanoviste des congr\u00e8s, colloques, s\u00e9minaires, stages et projets, tous, rats de biblioth\u00e8que, polyglottes et globe-trotters, d\u00e9diant leurs \u00e9t\u00e9s et leurs hivers \u00e0 d\u00e9busquer l\u2019\u00eatre antillais et \u00e0 proclamer l\u2019\u00e9vangile de l\u2019unit\u00e9. Le premier interlocuteur de ce message, c\u2019est l\u2019habitant des \u00eeles, lui-m\u00eame prisonnier de naissance dans sa cellule insulaire. Il revient \u00e0 lui de d\u00e9chiffrer son propre portrait dans le regard du sp\u00e9cialiste, de l\u2019expert, du synth\u00e9tiseur, qui lui annonce que non, il n\u2019est pas seul et \u00e9trange, que non, il n\u2019est pas tellement diff\u00e9rent, lui, sujet du Caricom, d\u2019un citoyen fran\u00e7ais, europ\u00e9en de surcro\u00eet, de la Guadeloupe.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">La proclamation d\u2019une unit\u00e9 de la Cara\u00efbe a trouv\u00e9 ses proph\u00e8tes d\u2019abord parmi les hommes politiques. Visionnaires, ils pr\u00e9c\u00e8dent l\u2019histoire de tous les jours. De m\u00eame que la vision bolivarienne englobait l\u2019ensemble des colonies espagnoles, les pionniers de la Cara\u00efbe se reconnaissaient comme les croyants d\u2019une \u00a0m\u00eame utopie, qu\u2019ils s\u2019appellent Ramon Emetrio Betances, Ant\u00e9nor Firmin, Eugenio Maria de Hostos ou Jos\u00e9 Mart\u00ec. Ha\u00efti joue un r\u00f4le de pionnier ne serait-ce qu\u2019en accueillant tout Noir, esclave ou pas, venant des autres \u00eeles, lesquels acqui\u00e8rent la nationalit\u00e9 ha\u00eftienne en touchant le sol ha\u00eftien (qui, pendant 22 ans, s\u2019\u00e9tendra jusqu\u2019au canal de Mona, face \u00e0 Puerto Rico).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">En tant qu\u2019utopie politique, cette unit\u00e9 des Antilles proc\u00e8de d\u2019un parti-pris volontariste, d\u2019une d\u00e9cision du vouloir-\u00eatre. Ce message unitaire s\u2019impose comme un ordre donn\u00e9 au d\u00e9sordre historique, \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 cacophonique et bab\u00e9lienne. Le discours transmet un ordre de coexistence (\u00ab je commanderai aux \u00eeles d\u2019exister \u00bb). C\u2019est un discours de reconnaissance r\u00e9ciproque, d\u2019acceptation de l\u2019autre comme un fr\u00e8re, apr\u00e8s tant d\u2019\u00e9tranges concubinages. Firmin donne l\u2019accolade \u00e0 Jos\u00e9 Mart\u00ec dans sa maison du Cap-Ha\u00eftien. Hostos devient instituteur dominicain \u00e0 Santo Domingo et Betanc\u00e8s convertit Paris en la capitale de la future conf\u00e9d\u00e9ration antillaise.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">En 1818, Alexandre P\u00e9tion, pr\u00e9sident d\u2019Ha\u00efti, r\u00e9pond suavement au propri\u00e9taire anglais d\u2019un bateau plein d\u2019esclaves, qui avait atterri \u00e0 Bonbon, dans la Grande-Anse, venant de la Jama\u00efque : \u00ab J\u2019ai re\u00e7u votre lettre dans laquelle vous demandez que votre bateau vous soit rendu avec son contenu. J\u2019ai pass\u00e9 des ordres en ce sens. Cependant, quant aux personnes qui se trouvaient\u00a0 \u00e0 bord, ce que vous demandez est l\u00e9galement impossible, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019elles ont acquis la nationalit\u00e9 ha\u00eftienne, automatiquement, d\u00e8s qu\u2019elles ont foul\u00e9 le sol ha\u00eftien, selon un prescrit de la Constitution de mon pays \u00bb\u2026 (on appr\u00e9ciera le jeu s\u00e9mantique de l\u2019opposition que P\u00e9tion introduit entre \u00ab contenu \u00bb et \u00ab personnes \u00bb\u2026).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Les po\u00e8tes suivent de pr\u00e8s. Visionnaires et proph\u00e8tes, ils construisent, d\u00e9construisent, reconstruisent, \u00ab \u00e0 tirs de boulets rouges\u00a0 \u00bb de leurs \u00ab armes miraculeuses \u00bb, le paysage de l\u2019archipel. Leurs po\u00e8mes op\u00e8rent la synth\u00e8se du monde cass\u00e9 antillais. Les sept langues fonctionnent en batterie, d\u00e9noncent le racisme inh\u00e9rent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 esclavagiste. Ils refusent la balkanisation g\u00e9ographique et historique. Par une co\u00efncidence extraordinaire, Pal\u00e8s Matos introduit le cycle de ses po\u00e8mes : \u00ab n\u00e8gres \u00bb et publie, en 1917,<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Danzarina negra \u00bb la m\u00eame ann\u00e9e o\u00f9 Claude Mckay, le Jama\u00efcain \u00e9crit \u00ab The Harlem Dancer \u00bb. Il faut quand m\u00eame citer ce monument \u00e0 l\u2019antillanit\u00e9 qu\u2019est le po\u00e8me de Luis Pal\u00e8s Matos: \u00ab Majestad negra \u00bb :\u00a0\u2026 \u00ab Dans l\u2019incendie de la rue antillaise<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Va Tembandoumba de la Quinbamba.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Fleur de Tortola, Rose d\u2019Ouganda,<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Pour toi cr\u00e9pitent bombas et bamboulas ;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Pour toi en calendas effr\u00e9n\u00e9s,<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">L\u2019Antille br\u00fble son sang n\u00e8gre<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Ha\u00efti t\u2019offre ses calebasses\u2019<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">De fougueux rhums te donnent la Jama\u00efque ;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Cuba te dit : vas-y, mul\u00e2tresse !<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Et Puerto Rico : m\u00e9lasse \u00e0 laper !<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Hardi ! Mes cololos aux noirs visages !<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Grondez, tambours, vibrez, maracass,<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Dans la rue antillaise incendi\u00e9e<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Rumba, macumba, candomb\u00e9, bamboula-va Tembandoumba de la Quinbamba. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><em>(in Tunt\u00fan de pasa y grifer\u00eda, 1937)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>L<\/strong>es tam-tams de la n\u00e9gritude obligent \u00e0 une vision globalisante de l\u2019archipel antillais. L\u2019exister n\u00e8gre fait irruption dans tous les recoins de la m\u00e9diterran\u00e9e antillaise : il fournit l\u2019une des cl\u00e9s essentielles pour saisir, au-del\u00e0 des diff\u00e9rences et des clivages, la trame commune, enracin\u00e9e dans l\u2019histoire de l\u2019esclavage, de la plantation et des transformations subs\u00e9quentes. Ce sont les po\u00e8tes qui portent le message : le m\u00eame discours, le m\u00eame cri, la m\u00eame chanson, les m\u00eames revendications, la m\u00eame trag\u00e9die, Luis Pal\u00e8s Matos \u00e0 Puerto Rico, Nicolas Guillen \u00e0 Cuba, Claude Mckay, le Jama\u00efcain, Manuel del Cabral en R\u00e9publique Dominicaine, Jacques Roumain et toute une pl\u00e9iade en Ha\u00efti, avec bien s\u00fbr le monument que repr\u00e9sente le \u00ab Cahier d\u2019un retour au pays natal \u00bb de Aim\u00e9 C\u00e9saire qui op\u00e8re un renversement dramatique du langage et de l\u2019histoire. C\u2019est donc de toutes les \u00eeles que surgit un discours po\u00e9tique porteur d\u2019une vision unitaire du monde chaotique de l\u2019archipel antillais.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Dans une troisi\u00e8me approche viennent les scientifiques : historiens, sociologues, anthropologues, \u00e9conomistes. Il est hors de question, ici, d\u2019esquisser m\u00eame un trac\u00e9 sommaire de tant de recherches et de publications. J\u2019\u00e9voquerai simplement, \u00e0 titre personnel, les travaux de Gabriel Debien, ceux de Eric Wolff et Sydney Mintz sur l\u2019\u00e9conomie de plantation, les travaux de Fernando Ortiz \u00e0 Cuba, de Gordon Lewis \u00e0 Puerto Rico, les publications de l\u2019\u00e9quipe de Madian-Salagnac, et tant d\u2019autres. De tous ces travaux, se d\u00e9gagent, par-del\u00e0 les fronti\u00e8res de langues et autres isolements, des structures comparables, les lin\u00e9aments de quelque chose qui s\u2019appellerait \u00ab soci\u00e9t\u00e9 antillaise \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Il est temps d\u2019en venir maintenant \u00e0 la question \u00e0 laquelle on m\u2019a demand\u00e9 de r\u00e9pondre : qu\u2019en est-il du roman antillais (\u00ab la narrativa antillana \u00bb)? Comment traduire : \u00ab narrativa \u00bb? Il faudrait dire litt\u00e9ralement \u00ab le r\u00e9cit\u00a0 \u00bb\u00a0 ou\u00a0 \u00ab\u00a0 l\u2019art\u00a0 du\u00a0 r\u00e9cit \u00bb. Il y a bien : \u00bb fiction\u00a0 \u00bb en anglais et en fran\u00e7ais. Rappelons les \u00e9quivalences suivantes : roman\u00a0 (fr.),\u00a0 novela\u00a0\u00a0 (esp.),\u00a0\u00a0 novel\u00a0\u00a0 (ang.) et\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 short\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 story\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 (ang.),\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 cuento (esp.), nouvelle (fr.)\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Dans un premier mouvement, on devrait, en toute sinc\u00e9rit\u00e9, r\u00e9pondre \u00e0 la question : \u00ab roman antillais? \u00bb : Connais pas ! Cette prise de position, sceptique et n\u00e9gative, a l\u2019avantage de nous emp\u00eacher de partir \u00e0 la d\u00e9couverte d\u2019un mirage. En effet, dans chaque \u00e9troite cellule insulaire, chacun est en train de fouiller son propre trou, chacun essaye de nous raconter une histoire et des histoires tout \u00e0 fait personnelles. Le r\u00e9cit est localis\u00e9, rigoureusement vertical, dans une aire trac\u00e9e par le soleil et la mer qui nous emprisonne, \u00ab immense\u00a0 mer\u00a0 des\u00a0 Sargas- ses \u00bb (\u00ab Wide Sargaso Sea \u00bb), selon le titre du roman de Jean Rhys. V.S. Naipaul, fig\u00e9 dans une attitude de provocation de romancier anti-lyrique, cruel et amer, se d\u00e9couvre \u00e0 Trinidad, comme un naufrag\u00e9, un Robinson Cruso\u00e9, incapable de cr\u00e9er, incapable de faire l\u2019histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Chacun doit cultiver son jardin, selon la recommandation de Candide, chacun reconstitue, \u00e0 travers les plus de 800 titres de romans des Antilles, une exp\u00e9rience\u00a0 locale : \u00ab Banana bottom \u00bb, c\u2019est le nom d\u2019un village et le titre du roman de Claude McKay. La localisation insulaire, de m\u00eame que l\u2019aspect personnel, familial, social, sont reconstruits par le texte, comme une cellule au deuxi\u00e8me degr\u00e9. Au premier abord donc, le roman est cubain, ha\u00eftien, dominicain, portoricain, martiniquais, etc. Si bien que la premi\u00e8re conclusion est de nier au r\u00e9cit toute ambition globalisante parce que cette globalit\u00e9 n\u2019existe pas, qu\u2019il faut donc cesser de nous leurrer, parce qu&#8217; \u00ab Antille \u00bb n\u2019est qu\u2019un pur concept qui ne peut \u00e9merger du r\u00e9cit lui-m\u00eame, ce n\u2019est qu\u2019un mirage qui appartient au monde du lecteur et non au texte lui-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Cependant, ceci demande r\u00e9flexion. Ceci demande qu\u2019on s\u2019y prenne \u00e0 deux fois, car le texte peut avoir lui-m\u00eame, en lui-m\u00eame, ses propres lignes de prolongements. Polys\u00e9mique, il s\u2019\u00e9chappe de toutes parts, entre les doigts et sous les yeux d\u2019un \u00eatre qui est lui-m\u00eame capable de vivre de voir et de sentir simultan\u00e9ment \u00e0 plusieurs niveaux : l\u2019essence de la litt\u00e9rature est l\u00e0, dans ce croisement, \u00e0 n\u2019en plus finir, de r\u00e9seaux multiples de signes, de signifiants, de signifi\u00e9s, en relation inter s\u00e9mantique, qui peut jouer seule, ou mieux, \u00eatre reconnue, par cet intervenant crucial : le lecteur, voyant, voyeur, riche de toute une s\u00e9rie d\u2019autres lectures, d\u2019autres exp\u00e9riences, d\u2019autres jeux de mots&#8230; .<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Ferm\u00e9 sur lui-m\u00eame, outil d\u2019une exp\u00e9rience localis\u00e9e et personnelle, le texte, en principe lui aussi prisonnier de l\u2019immense mer des sargasses, peut prendre la cl\u00e9 des champs. De trois mani\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Il se peut que l\u2019auteur ait effectu\u00e9 une sortie utilisant la ligne du temps, remontant l\u2019escalier de l\u2019histoire. Pour sortir du solipsisme, il se lancera sur la trace d\u2019un personnage historique qui, lui-m\u00eame, par sa stature, avait laiss\u00e9 sa marque dans l\u2019imaginaire de ses contemporains. Cette ligne de sortie nous donne, pr\u00e9sent\u00e9e par Manuel de Galvan, un Enriquillo\u00a0 qui\u00a0 remplit le vide op\u00e9r\u00e9 par la disparition des peuples ta\u00efno.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Dans une autre direction, le S\u00e9gou de Maryse Cond\u00e9 est la saga d\u2019un royaume d\u2019Afrique occidentale, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 les envahisseurs musulmans descendent du Nord et les Fran\u00e7ais remontent de leurs comptoirs du Sud. C\u2019est un pass\u00e9 qui revit r\u00e9pondant \u00e0 l\u2019angoisse identitaire d\u2019une population de transplant\u00e9s. Les \u0153uvres de Alejo Carpentier, &#8216;Le royaume de ce monde&#8217;, &#8216;le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res&#8217;, projettent dans\u00a0 la solitude et la petitesse insulaire, des personnages hors-s\u00e9rie, Christophe, Victor Hughes, Mackandal. Carpentier n\u2019a pas \u00e0 inventer: l\u2019histoire de ces personnages\u00a0 a d\u00e9j\u00e0 franchi les mers. Le lecteur emmagasine les \u00e9l\u00e9ments d\u2019un mus\u00e9e virtuel de la grandeur. Ces personnages historiques, par del\u00e0 le temps \u00e9vanoui, habitent, par la m\u00e9diation de ces textes, l\u2019imaginaire de l\u2019homme des \u00eeles qui acc\u00e8de ainsi, lui-m\u00eame, \u00e0 une prise de conscience de sa propre antillanit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00c0 la fin de son roman \u00ab historique \u00bb &#8216;Le royaume de ce monde&#8217;, Carpentier nous donne \u00e0 voir Soliman, l\u2019esclave musulman aveugle de Pauline Bonaparte dans son exil \u00e0 Milan o\u00f9 il d\u00e9couvre la statue de Pauline. Alors, l\u2019aveugle refait sur cette statue de marbre tous les rites des massages quotidiens qu\u2019il avait faits \u00e0 Pauline, \u00e0 l\u2019\u00eele de la Tortue. Un aveugle reconna\u00eet sur cette statue de marbre, \u00e0 travers le rituel du massage, l\u2019anatomie de sa ma\u00eetresse d\u2019autrefois. Soliman serait-il le prototype du lecteur antillais ?<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Par le fait que les populations des \u00eeles sont toutes import\u00e9es, que l\u2019esclavage a eu un r\u00f4le g\u00e9n\u00e9sique dans l\u2019histoire de ces soci\u00e9t\u00e9s, marqu\u00e9es par\u00a0 l\u2019isolement marin, le m\u00e9tissage, la pluralit\u00e9 linguistique, la narration du pass\u00e9 joue un r\u00f4le primordial, gr\u00e2ce \u00e0 tout texte susceptible de nourrir la m\u00e9moire, textes-sculptures, textes-monuments, textes-chants, textes-danses, pour r\u00e9cup\u00e9rer, du monde des Champs-\u00c9lys\u00e9es, des figures-symboles de Antilia, d\u2019Anacaona \u00e0 Delgr\u00e8s, Louverture, Albizu Campos, Caamanoo, Bishop, Eric Williams, sans oublier la brochette de dictateurs qui ont inspir\u00e9 Alejo Carpentier (<em>Le recours de la m\u00e9thode<\/em>). Gabriel Garcia Marquez (<em>L\u2019automne du patriarche<\/em>) Mario Vargas Llosa (<em>La f\u00eate du bouc<\/em>). Alors, l\u2019impact de cette r\u00e9surrection d\u2019\u00e9v\u00e8nements et de personnages hors-s\u00e9rie fait \u00e9clater le r\u00e9seau des fronti\u00e8res insulaires. Le r\u00e9cit ou la repr\u00e9sentation, \u00e0 dimension lyrico-\u00e9pique, convoque et d\u00e9fie la m\u00e9moire, et sa capacit\u00e9 d\u2019amn\u00e9sie et transmute la mesquinerie de la vision quotidienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Dans une autre perspective, c\u2019est \u00ab l\u2019autre \u00bb qui fait irruption dans le train-train de ces mini-soci\u00e9t\u00e9s ferm\u00e9es. N\u00e9cessairement, les insulaires import\u00e9s ont connu et connaissent les voyages, les exils, l\u2019appel du dehors. Ainsi s\u2019ouvrent des chemins d\u2019interaction par lesquels sont re\u00e7us les messagers d\u2019ailleurs, et les retours apr\u00e8s de longues ann\u00e9es de tribulations en d\u2019autres terres.\u00a0 Les\u00a0 protagonistes de la narration rompent alors avec la routine. Ils sont messagers des dieux et des d\u00e9mons qui r\u00e8gnent l\u00e0-bas, par del\u00e0 les mers.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Manuel, dans le c\u00e9l\u00e8bre roman de Jacques Roumain, <em>Gouverneurs de la ros\u00e9e <\/em>(de l\u2019arrosage), apr\u00e8s de longues ann\u00e9es \u00e0 Cuba, devient, dans son village natal, par sa pr\u00e9sence m\u00eame, un facteur de changement et de controverse. Jacques Alexis conduit le couple de Comp\u00e8re G\u00e9n\u00e9ral Soleil, dans la direction oppos\u00e9e, vers la R\u00e9publique Dominicaine, o\u00f9 ils seront victimes du\u00a0 massacre de 1937. Dans <em>L\u2019espace d\u2019un cillement<\/em>,\u00a0 le couple du Gaucho et de la ni\u00f1a estrellada exp\u00e9rimente, dans une dialectique d\u2019unit\u00e9- dualit\u00e9 un processus de reconnaissance mutuelle par l\u2019usage des cinq sens. Alexis a voulu monter une all\u00e9gorie qui se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l\u2019histoire des deux peuples. Les al\u00e9as de la coexistence, les conflits, la contradiction amour-haine, la d\u00e9personnalisation, la compassion, la tendresse, la simple camaraderie de la vie quotidienne, la cruaut\u00e9, imposent une vision bi-focale dans Over de Ramon Aristy Marrero et El masacre se pasa a pie de Freddy Prestol Castillo. Plus r\u00e9cemment, Ren\u00e9 Philoct\u00e8te dans &#8216;Le peuple des sangs m\u00eal\u00e9s&#8217; et Edwige Danticat, dans &#8216;La r\u00e9colte des os&#8217; (La\u00a0 cosecha\u00a0 de los huesos qu\u2019on a traduit &#8216;La r\u00e9colte douce des larmes&#8217;) reviennent sur ce m\u00eame terrain, celui de la coexistence en une m\u00eame \u00eele, La Petite Espagne, des deux peuples, histoire marqu\u00e9e de sueur, de larmes et de sang.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Dans d\u2019autres cas, ce sont les auteurs eux-m\u00eames qui partent en voyage \u00e0 la recherche de ceux qui sont partis s\u2019\u00e9tablir ailleurs. La migration des insulaires vers les \u00ab m\u00e9tropoles \u00bb est un ph\u00e9nom\u00e8ne massif qui affecte toutes les \u00eeles, dans certains cas \u00e0 la hauteur de 100 % comme \u00e0 Puerto Rico et les Antilles fran\u00e7aises. Elle est un facteur important dans la red\u00e9finition des identit\u00e9s. C\u2019est en diaspora qu\u2019on se d\u00e9couvre parfois n\u00e8gres ou antillais. C\u2019est l\u00e0 aussi qu\u2019on se d\u00e9couvre les uns les autres, d\u2019o\u00f9, par exemple, une impressionnante liste de nouvelles \u00e9crites par les Cubains, les Dominicains et Portoricains sur les Ha\u00eftiens. Une romanci\u00e8re comme la Cubano-Portoricaine, Mayra Montero assume dans ses romans l\u2019histoire de protagonistes ha\u00eftiens comme le font aussi Ana Lydia Vega, Luis Rafael Sanchez, en Guadeloupe, Maryse Cond\u00e9, en R\u00e9publique Dominicaine, Juan Bosch. Au fil de ces r\u00e9cits, un questionnement se fait jour chez le lecteur sur ces voisins \u00e9tranges, sur soi-m\u00eame, sur sa propre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Nous revenons ainsi \u00e0 notre point de d\u00e9part, celui d\u2019une narration qui ne sort pas des limites de l\u2019\u00eele, qui se d\u00e9die \u00e0 la construction textuelle d\u2019exp\u00e9riences purement locales, selon des param\u00e8tres de temps et d\u2019espace purement locaux. Il s\u2019agit donc d\u2019une litt\u00e9rature bien typ\u00e9e, portoricaine, guyanaise, ha\u00eftienne, cubaine\u2026 Nous voici donc de retour au degr\u00e9 z\u00e9ro de l\u2019antillanit\u00e9, \u00e0 un stade o\u00f9 Antille est pur concept, une vue de l\u2019esprit, un r\u00eave sans chair. Pourtant, le texte, une fois lib\u00e9r\u00e9 par l\u2019auteur, semble prendre sa propre vitesse de croisi\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Tomb\u00e9 dans le domaine public, il devient cible et tremplin pour toutes sortes de lecteurs, librophages, textophages, letrophages, jongleurs et acrobates, d\u2019une indiscr\u00e9tion totale. Nous entrons dans un jeu sans arbitre et sans limite de temps, de construction d\u2019intertextes et de m\u00e9tatextes, de connexions et d\u2019explications surprenantes de la part du savant lecteur, critique \u00e9rotique ou critique-id\u00e9ologue qui retourne chaque pierre et chaque mot. L\u2019un interroge l\u2019\u00e9rotisme fragile de Depestre, tandis que Maximilien Laroche saute de Bouki \u00e0 ti Jean et Juan Bobo, apr\u00e8s avoir d\u00e9cortiqu\u00e9 la <em>Choucoune <\/em>d\u2019Oswald Durand. Dans cette f\u00eate de liaisons s\u00e9mantiques, dans ces r\u00e9seaux de similarit\u00e9s, c\u2019est, comme un n\u00e9gatif dans son bain chimique, le visage et le corps d\u2019Antilia apparaissant dans une magique \u00e9piphanie.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">C\u2019est la f\u00eate du lettr\u00e9. C\u2019est la f\u00eate du globe-trotter qui est venu, a vu et a compris. C\u2019est le feu d\u2019artifice des r\u00e9f\u00e9rences et des r\u00e9f\u00e9rents. \u00c0 l\u2019honn\u00eatet\u00e9 de l\u2019auteur qui a su coller \u00e0\u00a0 l\u2019authenticit\u00e9, la v\u00e9rit\u00e9, la logique de son histoire, de son personnage et de son texte, se joint ainsi, une autre tentative qui est de placer cette \u0153uvre et\u00a0 ses \u00e9l\u00e9ments \u00e0 un autre niveau de signification, en l\u2019impliquant dans un nouveau cycle de signification, symbolique, embl\u00e9matique, paradigmatique. C\u2019est alors qu\u2019on peut parler d\u2019antillanit\u00e9, au bout d\u2019une nouvelle construction que chaque nouveau lecteur peut r\u00e9inventer. C\u2019est donc\u00a0 le lecteur, critique et \u00e9rudit, qui d\u00e9couvre l\u2019Antillanit\u00e9 en appliquant au texte une grille de lecture et d\u2019analyse qui le relie \u00e0 un ensemble d\u2019autres textes et situations. Il ne pourrait la d\u00e9couvrir si elle n\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0. Mais il ne pourrait la d\u00e9couvrir sans initiation \u00e0 d\u2019autres productions, parfois aussi \u00e9loign\u00e9es que celle des auteurs br\u00e9siliens.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Le regard pr\u00e9venu du lecteur-lettr\u00e9\u00a0 fait de ces \u0153uvres des \u00ab novelas ejemplares \u00bb comme celles que Cervant\u00e8s nous a laiss\u00e9es. R\u00e9cits et personnages qui transcendent leur propre individualit\u00e9 et qui, sous le regard des lecteurs, se transforment en m\u00e9taphores et arch\u00e9types, devenant images-types de l\u2019enfant, de la femme, de la m\u00e8re antillais, et non plus seulement des personnages qui appartiendraient \u00e0 Jamaica Kincaid, Edwige Danticat ou Joseph Zobel, paysans que campe Claude McKay dans Banana Bottom, ou Jacques Roumain, ou Enrique Laguerre, femmes et jeunes filles que nous avons retrouv\u00e9es dans toutes \u00ab les rues incendi\u00e9es de soleil \u00bb et qui n\u2019appartiennent plus \u00e0 Ana Lydia Vega, \u00e0 Rosario Ferr\u00e9 ou encore \u00e0 Marie Vieux Chauvet, candidats aux \u00e9lections ou hommes de pouvoir bross\u00e9s par Justin Lh\u00e9risson ou V.S. Naipaul. Ils forment, tous, un seul peuple, malgr\u00e9 leur \u00e9parpillement, malgr\u00e9 leur \u00e9touffement dans la \u00ab mul\u00e2tresse solitude \u00bb des Antilles.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: left;\"><em>article original publi\u00e9 dans l\u2019\u00e9dition Janvier 2018 de Reflets Magazine, en P. 40, 41, 42 \u00e0 : <a href=\"https:\/\/reflets.online\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/RefletMagDec2017February2018.pdf\">https:\/\/reflets.online\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/RefletMagDec2017February2018.pdf<\/a><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(Conf\u00e9rence prononc\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion de la Foire internationale du Livre, \u00e0 Santo Domingo, 6 mai 2000)\u00a0Par Jean-Claude Bajeux Quand on veut identifier des \u00e9l\u00e9ments ou des structures qui se retrouveraient dans la production litt\u00e9raire de la m\u00e9diterran\u00e9e cara\u00efbe, les difficult\u00e9s ne manquent pas, ne serait-ce qu\u2019au niveau du vocabulaire. On en arrive \u00e0 se demander<br \/><a class=\"moretag\" href=\"https:\/\/diescoin.net\/?p=2659\">+ Read More<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":202,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[4617,4618,8,12,4621,4615,2587],"tags":[4630,4642,3494,4660,4664,1439,1508,4686,4687],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/diescoin.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2659"}],"collection":[{"href":"https:\/\/diescoin.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/diescoin.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/diescoin.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/diescoin.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2659"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/diescoin.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2659\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/diescoin.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/202"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/diescoin.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2659"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/diescoin.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2659"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/diescoin.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2659"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}