DR HENRY KISSINGER AU GLOBAL STRATEGIC REVIEW DE L’IISS
Dehors il y avait des Chiliens qui protestaient, une centaine, ils scandaient : « assassin ». Dedans, il y avait trié sur le volet, une importante assistance qui écoutait religieusement l’éminent Dr. Henry Kissinger. Il y avait ce fameux vieillard arrogant et sûr de lui, un homme qui a drainé une prime sur sa tête. Trapu, cet homme de pouvoir a connu les couloirs de la guerre froide comme les sentiers sinueux de la CIA à l’étranger. Monstre ou stratège ?
Henry Kissinger éprouve-t-il des regrets pour ce qu’il appelle les devoirs de l’ordre établi ? Il faudrait peut-être demander à la Secrétaire d’état Hillary Rodham Clinton ce qu’elle est entrain de faire et surtout, par qui elle se fait conseiller aujourd’hui. Kissinger n’a rien d’un homme à la retraite, mais tout d’un homme influent actif. Un homme qui possède une large vision de cette Amérique protectrice des droits et libertés. De gré ou de force devrait-on rajouter ou, assassine aussi d’après ces Chiliens qui manifestaient dehors. Le Kissinger du premier speech en 1976 n’a rien de différent de celui d’aujourd’hui en 2010. La nuance se trouverait dans le fait qu’il ne se laisserait pas avoir avec tout ce bagage expérimental des années de démocratie américaine. Une démocratie dont il détiendrait encore certaines clés d’un système qu’il a érigé. La sécurité et son industrie. Avait-t-il deviné ou soupçonné, ou peut-être craint ce nouveau partage du pouvoir mondial, l’homme ne s’est pas totalement livré. Y aurait-il un testament à venir…
Kissinger était un acteur dont la poigne de fer retient encore certains rivets des Etats Unis d’Amérique. Il le sait et, connait profondément le genre et la nature humaine pour ne pas céder. Les critiques ne l’ont pas terrassé, loin de là, il revient 34 ans plus tard au Global Strategic Review avec la même assurance : Dr. Henry Kissinger malgré son âge avancé, est incontournable. L’Amérique, son Amérique lui accorde largement son aval puisqu’il n’a pas empêché à cette grande nation d’évoluer. De se maintenir au rang de super puissance. Il est américain avant tout. Il est plus que probable qu’il détienne à son compte des secrets les mieux gardés, car l’Europe lui doit beaucoup et, lui aurait conservé son mythe bien vivant.
La question pourrait alors se poser en affrontement à la logique Kissinger puisque le principal protagoniste de la Guerre froide avait perdu son combat et avait perdu la face du même coup. Victoire pour Kissinger ou conséquence logique des inconséquences d’un empire soviétique condamné par ses propres incertitudes ?
C’est ce que les Chiliens qui manifestaient à l’extérieur de l’Hôtel Intercontinental pourraient lui balancer aujourd’hui pour condamner sa cruauté envers Allende. Les Américains et les Russes se fréquentent cordialement. Plus et mieux, Castro a survécu malgré tout, au point de dire aujourd’hui que son modèle cubain ne convient plus à son peuple. Ne fallait-il pas attendre comme un génie et non pas opérer une Hiroshima politique sur Allende ?
La poigne de fer Kissinger presse ainsi donc très fort sur l’Iran d’Ahmadinejad par la crainte d’une violente escapade nucléaire, loin des frontières du civil. L’intelligence de cet homme est-elle le fruit de sa peur, au point de se développer comme une agressivité maladive au nom de la sécurité ? Ou, malade du pouvoir !
Il aurait peut-être tout simplement fait école ailleurs quand on considère les différentes facettes du Président Sarkozy dans sa peur du nucléaire, tout en prétendant faire affaire en période de paix, avec le nucléaire. L’Iran est désormais le bouc émissaire qui justifie le prédateur et la Chine, celle qui tolère.
La considération de Kissinger sur la Chine démontre combien cet homme est d’une logique de pouvoir inébranlable, mais cache parallèlement son amour pour l’humanité. C’est un homme qui a offert des garanties mais qui cherche aussi ses garanties. Préparer la relève. Paradoxal tout de même. L’impression qu’il laisse c’est que, si la Chine doit dépasser un jour la puissance effective américaine, elle devra préserver plus que la Chine, mais l’humanité. Offrir des garanties à son tour, pour que l’homme puisse continuer à faire des affaires dans un libéralisme. C’est en ce sens, la Russie qui lui fait craindre le pire. Réflexe d’un vieux routier de la guerre froide ou crainte justifiée : le monde roule sa bosse entre temps.
Que vient donc faire le Dr. Kissinger à ce colloque stratégique dans un monde modernisant connecté mais encore guerrier ? La réponse, il ne l’a pas apportée dans sa conclusion quand il reconnait d’avoir avancer plus de problèmes que de solutions à cette conférence. La réponse se trouverait tout simplement du fait que l’IISS est de stratégie pour des problèmes de sécurité. Ce qui fait que l’économie de ce droit se résume à créer des problèmes, les simuler pour les prévoir. Mais les nouveaux défis que drainent les nouvelles économies contemporaines n’offrent plus rien à ce vieux routier de la guerre froide.
Curieux acteur d’un pays créé sur la peur d’un potentiel retour du colon vaincu. Un pays qui a eu l’audace d’une forte économie libéralisée pour tenir en échec la trésorerie d’une monarchie conservatrice. Un acteur engourdi qui constate l’émancipation de nouveaux génies dynamiques : Brésil, Indes, Afrique du Sud, etc. Int/10-09-10
Cet article a été publié par Réseau HEM Canada, en septembre 2010 et l’original se trouve à http://www.reseauhem-archives.xyz/int_dr_henry_kissinger_global_strategic_review.htm, et fait partie des archives de Réseau HEM International. Il fait partie de l’Observatoire Diplomatie Internationale & Société. Dan Albertini, journaliste correspondant permanent accrédité / UN à Genève.

Dr Henry Kissinger à l’Hôtel Intercontinental à Genève

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