NE FAIT PLUS VIBRER … MONTRÉAL ! PÈLENTÈT OU FRANKÉTIENNE
Les 13 et 14 mai dernier, le quartier universitaire de Montréal accueillait le professeur Franck Étienne dans l’un des théâtres de l’UQAM. Site plutôt dédié aux culturalistes intellectuels, FrankÉtienne devrait être dans son affaire. Le producteur choisissait l’endroit idéal pour un artiste dont la réputation n’était plus à faire dans les milieux haïtiens. Cependant, Montréal n’est pas la France qui doit beaucoup à Haïti, Montréal n’est pas l’Allemagne qui connaît la peinture de Frank, Montréal n’est surtout pas Haïti malgré la forte communauté haïtienne qui s’y trouve. La dynamique de Montréal n’est pas une illusion, elle découle de sa performance. Le milieu culturel est très exigeant, les artistes doivent régulièrement se remettre en question pour se faire valoir. Le marché culturel se développe à une telle vitesse qu’il traverse les frontières les plus exigeantes: Londres, Paris…. La jeunesse haïtienne d’ici suit de préférence la dynamique montréalaise plutôt que la nonchalance port-au-princienne. Frank y a goûté à ses frais.
La pièce maîtresse de FrankÉtienne, Pèlentèt a été joué devant un public de 200 personnes tout au plus. Suivi de la sortie d’une vidéo produite par L.Y.L.A. Prodis International, Pèlentèt n’a encore fait aucune vague ou en a fait moins que KALIBOFOBO du professeur Mélansyèl Kléridon Degidon. Six mois après la sortie de la vidéo, personne n’aimerait la revoir. Que s’est-il passé ? N’a pas fait vibrer Montréal : Pèlentèt ou FrankÉtienne ? Deux angles d’analyse s’offre à nous : Franck dans son contexte politique et FrankÉtienne sous son manteau artistique. Nous partons de la précédente tournée de FrankÉtienne à Montréal. Dans un article inédit, nous écrivions ceci : Kalibofobo du professeur Mélansiel Kléridon Degidon.
Assonance parfaite d’un‘’créoliglotte’‘ qui annonce une abondante démagogie, une mimique. Démonstration phonétique et satirique à saveur dénonciatrice, une dénonciation sous le couvert de la gratuité poétique. Des noms de code appropriés à un contexte politique.
Kalibofobo évoque une bouche édentée (fobo),
Degidon, une anarchie, un laisser-aller.
Mais y a-t-il plus dans la démarche de l’apôtre de l’antizozobisme ?
Port-au-Prince a déjà applaudi ! Mais de quoi ?
Aujourd’hui, nous avons la confirmation, Franck Arrive. Montréal est encore tiède, tout au plus une fièvre amicale des admirateurs de FRANCKÉTIENNE. La nouvelle pourtant officielle du séjour de Franck Étienne se confond jusqu’ici, à la simple rumeur.
Je le dis carrément, Franck Étienne mérite plus ! Il ne peut être ce Quidam d’un quelconque parc théâtral. L’affiche est bonne et l’artiste est bon alors, pourquoi bat ce froid ?
Montréal serait-il un passage forcé ? pourquoi ne pas kasé lè zo(rompre) !
Aussi, essayons nous de répondre à une question qui certainement, doit se poser. Qui est ce personnage : FRANCKÉTIENNE de Kalibofobo ?
Franck est un nationaliste racé qui vit à la fois l’assujettissement en 97′, encore une fois après 1915. Livrera-t-il bataille ? Puisque les deux aspects en question semblent se compléter. La scène montréalaise verra-t-elle un meilleur ambassadeur de la culture haïtienne ? Diaspora oblige, nous sommes devenus des onusiens : comment verrons-nous Franck Étienne ?
Franck Étienne, selon Lyonel Trouillot, répond à l’urgence de la situation, à une réalité cruciale d’Haïti. Aujourd’hui, Montréal lui sera une tâche ardue. Avec un public majoritairement lavalas et intolérant.
(ce paragraphe original a été censuré par l’éditeur de l’époque qui ne l’a publié). L’extension d’un contexte où les singeries d’un prêtre malheureusement président provoquent les ”macaque-ries” d’un président ‘’san kanson’‘ (sans pantalon) ! Franck pourra-t-il faire appel à ce sentiment trop ‘’anti-duvaliérisé’‘, le transférer chez les grands mangeurs pour faire place nette une fois pour toute à la raison ?
Nous reconnaissons les talents de l’artiste, des talents qui découlent de la gestuelle d’un quotidien haïtien. De l’Haïtien contrarié par une conjoncture de : ‘’mi-haut, mi-bas’‘ en permanence. Cependant, Il devra tout faire, tenter l’impossible pour compenser à la préparation trop paresseuse des promoteurs, et relancer la magie des annonces dans cette métropole où les artistes reconnus vivent de leur art. Il devra jouer pour dépasser ‘’Pèlentèt’‘, se surpasser lui-même. Il doit obéir à sa démarche pédagogique sans sombrer dans la redondance, ni dans la duplication théâtrale. Montréal est une vitrine ouverte sur le monde où les jeunes Diasporas, toute origine confondue, bien moulés dans l’objet de la culture et de ses instruments, commencent à s’intéresser à la chose haïtienne. Oui ! Il y a déjà eu réussite. De jeunes bagarreurs : Beethova Obas, Dany Laferrière, Rud Luck, Anthony Kavanah, Stanley Péan, dans leur genre, ils ont déjà fait bien. Les oh racistes !, ne doivent plus servir d’excuses à la médiocrité. Oui ! FrankÉtienne devra tout faire pour éviter de tomber dans le zozobisme de Jesifra et compagnie où le rire, organe apparent du succès sur scène, vous mène dans les avenues de la trivialité, de la démagogie, de l’humour gratuit.
(autre paragraphe original censuré par l’éditeur de l’époque et, ne l’a publié). Par ailleurs, il devra affronter des loups-débatteurs, tels, les Roland Désir, Joël Desrosiers, Jacques Hilaire et il devra affronter une meute d’intellectuels bien moulés à l’université tels que: les Romane, Pierre Innocent, Léna Moïse… etc. Nous lui souhaitons un bon séjour et une belle scène dans cette métropole culturelle qu’est devenue Montréal ».
Franck Étienne devra tout faire pour toucher la société montréalaise, provoquer un supplémentaire et créer une vraie place pour les confrères (Haïtiens) de la scène qui souffrent du froid des autres dans ce froid Québec. L’homme est capable. Les attentes sont colossales. Franck a plus que l’âge de raison pour comprendre cela, mais les raisons de l’âge joueront-elles en faveur de l’auteur de Bobomassouri !
Franck pour toutes ces raisons, réussira-t-il à sortir lui-même et à sortir le théâtre haïtien, du travestissement politique pour faire retentir les canons de l’art ?
Cet article peut répondre aux deux volets de la question, à savoir Franck dans son contexte politique et FrankÉtienne sous son manteau artistique. Aujourd’hui, nous pouvons dire tout simplement que Franck est encore une autre victime de la politique haïtienne. Sorti de ce creuset, il a rôdé son art en fonction de celle-ci. Ce qui a fait de lui un dénonciateur par défaut et, un ministre de la culture de passage. En dehors de ce contexte il doit éprouver, face à plus d’un, son ouvrage et sa matière esthétique. D’un point de vue artistique, dirait-on que le théâtre de FrankÉtienne a mal vieilli. L’absence d’un Duvalier a fait défaut au professeur qui, d’un ton magistral jouait mieux avec son créole au milieu d’étudiants cloisonnés, d’un peuple peu instruit, et de démagogues francophobes criminalisés. D’un point de vue politique, Franck serait perçu comme du côté d’une minorité silencieuse.
Aujourd’hui, nous ne voulons évoquer la notion de l’esthétisme car le professeur a tout de même réussi à faire deux grandes choses. FrankÉtienne a permis au créole de mieux prendre son envol dans une ancienne colonie mal soignée de l’esclavage. Aussi, son théâtre a permis à la jeunesse de son pays de pousser le goût du risque et, surtout, de rêver à une certaine liberté.
Ce sont là deux contributions majeures.
Chronique Socio-Politique ; Journal PAMH de Montréal ISSN1496-077X, Volume 1, num.ro 2 / Page 3, 13 novembre 2000, Page 11. Archives situées à la BANQ, rue Berri

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